Madame la Présidente, ou Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les administrateurs, Le texte qui suit est lu dans un grand nombre de conseils d’administration de CRDP de ce mois de novembre 2010.

À ce titre, il assure une mission d'édition et de diffusion de ressources éducatives et propose des services contribuant à la pertinence de leurs usages en vue de la réussite de tous les élèves. Sa mission de développement et promotion des TICE le désigne particulièrement pour apporter une contribution de premier plan au développement du numérique à l'école. De nombreux partenariats noués dans le domaine des arts et de la culture en font également une référence pour l'ancrage de l'éducation artistique et culturelle dans le système éducatif.

Enfin, la signature d'un contrat d'objectifs couvrant la période 2011-2013 est prévue pour le dernier trimestre 2010; sa mise en œuvre sera engagée dès le début de l'année 2011 et déterminera les orientations et actions prioritaires.»

L’engagement de ce texte laisse penser que la reconnaissance de nos missions est un gage d’appui de notre tutelle. Cependant, au regard de la situation d’un certain nombre de nos établissements publics, la réalité est toute autre.

Quelques chiffres éclairants :

- Lors des élections professionnelles de 2001, 2449 agents étaient appelés à voter ; au printemps 2010, ils n’étaient plus que 1907, soit une chute de 22%. - Sur la seule année 2010, le réseau CNDP-CRDP a dû rendre 102 postes au ministère. - La nouvelle commission paritaire créée pour gérer les personnels non titulaires compte à elle seule, 368 électeurs, soit près de 20% de la carte des emplois, avec un pic à 35% pour le seul CNDP picto-charentais. - Enfin nous évaluons à une centaine le nombre de postes gelés sur l’ensemble des CRDP : la fongibilité asymétrique de la LOLF serait-elle passée par là ? - Nous ne nous étendrons pas sur les aspects financiers concernant par exemple les subventions attribuées pour la charge de service public qui fondent tout autant que les postes.

L’application de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) a commencé depuis longtemps chez nous. Depuis plusieurs années, grandes sont les difficultés de remplacement d’agents partant à la retraite, puisque les responsables académiques des services déconcentrés, à la recherche de postes, ont eux-mêmes des hésitations à libérer des enseignants pour leur accorder des détachements dans notre réseau.

La pente ascendante de la courbe des âges vers les fins de carrières est telle dans le SCÉRÉN, qu’appliquer le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite s’apparente à une double peine et va mettre en péril les missions et la dynamique de notre réseau.

Aujourd’hui, un grand nombre de CDDP ne dispose plus d’ÉMALA (Équipe mobile académique de liaison de d’animation), ces professeurs qui se déplacent de villages en villages afin de lutter contre l’isolement rural. Les MAD (mis à disposition) ont quasiment disparu pendant que le CNDP se refuse à remplacer les PTO (un corps en voie d’extinction) partant à la retraite par des personnels ITRF.

Le 14 juin 2010, le directeur général du CNDP a adressé une lettre de cadrage aux directeurs de CRDP. En voici quelques points saillants :

- De 2011 à 2013, il faudra diminuer au minimum de 1,5% le nombre de postes budgétaires. - Les fonctions supports doivent être académisées, c'est-à-dire concentrées au siège des CRDP. - Le traitement des payes sera externalisé à Limoges pour tout le réseau au 1er janvier 2011. - Les dépenses de fonctionnement doivent être réduites de 10% sur 3 ans avec un objectif de 5% pour 2011. - Dans le cadre du SPSI (Schéma pluriannuel de stratégie immobilière de l’État) porté par France Domaine, tous les CRDP affectataires d’un immeuble de l’État ou propriétaires doivent avoir appliqué les règles qui en découlent avant le 31/12/2010. - Enfin, cette lettre de cadrage précise les modalités de mise en œuvre de la « fiabilisation des comptes des opérateurs », par entre autres, un contrôle a priori des documents comptables et financiers avant les CA par le CNDP, afin « d’anticiper les difficultés ».

Aujourd’hui, c’est bien de cela qu’il s’agit, et les difficultés s’accumulent : ici on gèle des postes, comme à Créteil, où les personnels dénoncent le non remplacement de 2 retraités associé à 3 fermetures de postes d’administratifs ; à Poitiers, la direction générale qui envisageait la fermeture de 42 postes pour cause de dépassement de plafond d’emplois, tout en acceptant le relèvement de ce plafond, « prête » finalement 17 postes pour une année, 17 postes qui seront fermés d’ici décembre 2011. Des CRDP gèlent des postes pour compenser le déficit budgétaire structurel. Dans un CRDP le gel de 12 postes ampute la capacité de travail de 19200 heures par an, cela implique une grande difficulté à effectuer nos missions sinon la disparition de certaines de ces missions. De nombreux autres CRDP font l’objet d’une diminution de leur carte budgétaire à l’initiative du CNDP. On entendrait même parler d’une fusion entre le CNDP et le CNED… Dans ces conditions, nous posons la question du contenu des métiers (polyvalence, isolement professionnel, référentiels, formations,…) et des pressions sur les agents qui doivent, au quotidien, relever les défis d’un système éducatif en mutation, de l’accompagnement aux ressources à la diffusion en passant par les services documentaires ou d’éditions. Or l'avenir de certaines antennes locales est menacé (Châtellerault, Île de France,…), on ne nomme plus des directeurs de CDDP mais des « chargés de la direction » ou « de la coordination » de centres, de plus en plus souvent appelés « pôles », « antennes » ou « sites » départementaux sans parler des pressions psychologiques ou d’autoritarisme de certaines directions en difficulté où le réflexe a remplacé la réflexion.

Comment interpréter le silence de notre tutelle sur les missions de nos établissements, alors que les collègues s’investissent au quotidien au service des professionnels de l’éducation et pour la réussite des élèves, malgré l’inconsistance de projets à long terme, le pilotage à vue et la faiblesse des effectifs et des moyens.

En guise de conclusion, voici un extrait d’un communiqué de presse du Syndicat des inspecteurs d’académie du 16 juin 2010:

« Nous avons tous, en tant que cadres responsables, conscience de la nécessité de contribuer à la réduction de la dette publique, mais dans l’Éducation Nationale plus que partout ailleurs chaque action de réduction budgétaire doit être pensée dans une perspective de long terme et non à l’aune d'échéances économiques immédiates. »